Suite du récit de Cécile dans le grand Sud malgache

(...) Les vazaha sont vraiment incroyables.
De retour à la ville d'Ambovombe, les vazaha ont tous un gardien et une cuisinière. On parle de famine en buvant du vin qui vient de loin. C'est normal de parler travail entre collègues (les seuls amis sont les collègues vazaha au nombre actuel de 7 grâce au renfort de stagiaires...). Encore des discussions qui changent le monde sans l'effleurer ; mais on est jeune et
motivé, et on s'efforce d'y réfléchir, c'est déjà un bon point.

Je travaille pour le volet micro-finance d'O.S. financé par l'Union Européenne et géré par le G.. Ce volet octroie des micro-crédits à caution solidaire c'est-à-dire que la seule garantie demandée c'est de constituer un groupe dans lequel les personnes sont solidaires pour rembourser le crédit et les 4% d'intérêt par mois. Sensé aider les plus pauvres puisqu'ils n'ont pas besoin d'avoir de possession matérielle comme caution, c'est en réalité difficile : qui veut un pauvre dans son groupe ?
Pas les riches qui augmentent tranquillement leur cheptel grâce au crédit.
Pas non plus la middle class qui affirme survivre grâce à ce revenu qui leur permet de faire du commerce de maïs, riz et cacahuètes pour la plupart.
Ça fait plus d'un an et demi que les greniers sont vides et qu'ils ne se remplissent pas faute de pluie. Donc les plus pauvres mangent des feuilles de patate douce jaunies par le soleil et donc amères. Dans d'autres régions c'est du tamarin à la cendre pour caler le ventre.

Mais rassurez-vous, des statisticiens de l'UNESCO viennent de réaliser une étude d'une semaine sur 12 communes et affirment que le seuil d'alerte de 15% n'est pas atteint : seulement 9,1% des enfants de moins de 5 ans sont malnutris. Pas de seuil d'alerte, donc pas d'alerte. Seule action : les cas graves ont été conseillés vers l'hôpital le plus proche...
Pendant ce temps tout le monde coupe sur pied le maïs qui n'arrivera pas à maturité faute de pluie et qui est donné aux zébus pour nourriture.
J'aimerais tellement brancher l'aspersion sur ces champs si bien peignés et désherbés à la main...

Mais l'agriculture et l'élevage ce n'est pas tout, le mieux est encore d'avoir un fils businessman à Ilakaka (mine de saphir à seulement 24h de taxi brousse) qui achète des zébus à chaque retour (c'est mieux que des fils creuseurs à Ilakaka qui ne trouvent rien et peuvent mourir ensevelis dans le trou creusé).
Bref, la vie dans le grand Sud est fort contrastée.

(...) à suivre