21 janvier 2007
Une invitée du grand Sud ! 4 Et quand il pleut dans le grand sud ?
Suite du récit de Cécile dans le grand Sud malgache
Et quand il pleut dans le grand sud ?
Les enfants courent en slip. On n’entend pas leur cri car le bruit de la pluie sur la tôle est fracassant. Pendant des heures ils dansent.
Les bassins se remplissent à vue d’œil grâce aux nombreuses gouttières qui s’y déversent : le lendemain, c’est grande lessive ; les gens se lavent dans les trous sur la route (même soigneusement protégée des voitures par des barrières de cactus, l’eau reste relativement rouge de boue), mais c’est que du bonheur.
L’impluvium est plein et évite les 4 km au puits à de nombreuses femmes et enfants.
C’est aussi le triplement du prix des semences, le début d’une nouvelle saison de culture pour certains, l’abstinence pour ceux qui n’ont pas de quoi acheter des semences (« on reste assis à l’ombre »).
La pluie c’est aussi l’herbe qui pousse et qui affole les zébus : certains meurent tellement ils ont le ventre plein. Et c’est nous qu’on se régale : les offrandes de viande vont bon train (tellement que j’ai failli me convertir au végétarisme : découper de la viande passablement faisandée sous un flot de mouches qui te collent aux doigts, ça va un jour ou 2). Le
3ème ça continue, on a sacrifié une chèvre et on t’apporte quelques côtes, le 4ème une patte de mouton. Je deviens expert pour retirer la peau, bientôt brevet de boucher… Le mieux c’est bien sûr le cadeau : la poule sur patte qu’il faut égorger et plumer. Là j’avoue que j’ai délégué…
Toutes ces émotions ça m’a rendue malade, encore des amibes, et je suis rentrée du village toute maig’, c’est la fameuse observation participante de l’anthropologie, manger que du riz blanc pendant une semaine pour faire comme les gens, et bien ça ne me réussit pas des masses.
Alors je suis partie à Tana pour une petite pause boulimique avant de retourner dans cette région famélique (rassurez-vous, maintenant que les élections sont passées, le président a pu déclencher la crise et envoyer des
tonnes de riz dans les 30 communes les plus touchées. La situation se débloque).
(...) à suivre
17 janvier 2007
Une invitée du grand Sud ! 3
Suite du récit de Cécile dans le grand Sud malgache
Bref, la vie à A. est fort contrastée.
Nous, c'est-à-dire Julie, française qui fait en parallèle de mon étude anthropologique une étude de clientèle, appelée « Zoly » par tous ici ce qui lui va fort bien ; Samuel, mon interprète ancien sous-préfet d'I.. et cryptographe de la nation ; Jean-Michel, interprète de Zoly, ancien professeur et chef de circonscription scolaire qui par ailleurs a arrêté l'école en 3ème puis acheté une licence à l'université, et d'autre part donne des sujets de dissertation tel que « l'expansion de la colonisation au
moyen âge » mais ne les corrige pas toujours car il utilise les copies pour se torcher ; bref, nous 4 logeons chez le fils saphiriste de R., notable qui a 3 femmes, 21 enfants et on ne compte plus les petits enfants (ce qui donne l'impression constante d'être dans une cours d'école),

et c'est vraiment confortable : 3 pièces, sol bétonné, toit en tôle, une chambre avec lit et matelas, un salon avec canapé et coussins, et des décors formidables avec des posters de bouffe européenne, de gras bébés asiatiques, des guirlandes... le grand luxe au village, même si les poules volent les mangues et les zébus entrent dans la case.
A part ça, les zébus qui marchent dans le sable ont les ongles longs et boîtent ce qui les amaigrit ; à 3km de la mer il n'y a pas de poisson frais ; avec un vent à décorner les zébus on ne voit pourtant pas la queue d'un kite surf.
Les élections présidentielles vues du village ne sont pas vraiment impressionnantes, la « propaganda » (c'est comme ça qu'on appelle la campagne électorale ...) n'a qu'effleuré les villageois, qui ont entendu parlé de 2 candidats sur 14, mais de toutes façons, ils attendent juste la pluie...
(...) à suivre
12 janvier 2007
Une invitée du grand Sud ! 2
Suite du récit de Cécile dans le grand Sud malgache
(...) Les vazaha sont vraiment incroyables.
De retour à la ville d'Ambovombe, les vazaha ont tous un gardien et une cuisinière. On parle de famine en buvant du vin qui vient de loin. C'est normal de parler travail entre collègues (les seuls amis sont les collègues vazaha au nombre actuel de 7 grâce au renfort de stagiaires...). Encore des discussions qui changent le monde sans l'effleurer ; mais on est jeune et
motivé, et on s'efforce d'y réfléchir, c'est déjà un bon point.
Je travaille pour le volet micro-finance d'O.S. financé par l'Union Européenne et géré par le G.. Ce volet octroie des micro-crédits à caution solidaire c'est-à-dire que la seule garantie demandée c'est de constituer un groupe dans lequel les personnes sont solidaires pour rembourser le crédit et les 4% d'intérêt par mois. Sensé aider les plus pauvres puisqu'ils n'ont pas besoin d'avoir de possession matérielle comme caution, c'est en réalité difficile : qui veut un pauvre dans son groupe ?
Pas les riches qui augmentent tranquillement leur cheptel grâce au crédit.
Pas non plus la middle class qui affirme survivre grâce à ce revenu qui leur permet de faire du commerce de maïs, riz et cacahuètes pour la plupart.
Ça fait plus d'un an et demi que les greniers sont vides et qu'ils ne se remplissent pas faute de pluie. Donc les plus pauvres mangent des feuilles de patate douce jaunies par le soleil et donc amères. Dans d'autres régions c'est du tamarin à la cendre pour caler le ventre.
Mais rassurez-vous, des statisticiens de l'UNESCO viennent de réaliser une étude d'une semaine sur 12 communes et affirment que le seuil d'alerte de 15% n'est pas atteint : seulement 9,1% des enfants de moins de 5 ans sont malnutris. Pas de seuil d'alerte, donc pas d'alerte. Seule action : les cas graves ont été conseillés vers l'hôpital le plus proche...
Pendant ce temps tout le monde coupe sur pied le maïs qui n'arrivera pas à maturité faute de pluie et qui est donné aux zébus pour nourriture.
J'aimerais tellement brancher l'aspersion sur ces champs si bien peignés et désherbés à la main...
Mais l'agriculture et l'élevage ce n'est pas tout, le mieux est encore d'avoir un fils businessman à Ilakaka (mine de saphir à seulement 24h de taxi brousse) qui achète des zébus à chaque retour (c'est mieux que des fils creuseurs à Ilakaka qui ne trouvent rien et peuvent mourir ensevelis dans le trou creusé).
Bref, la vie dans le grand Sud est fort contrastée.
(...) à suivre
08 janvier 2007
Une invitée du grand Sud ! 1
Cécile est une copine rencontrée à Madagascar lorsque j'y habitais. Elle réalise actuellement une étude dans le grand Sud malgache, dans le cadre de ses études d'anthropologie. Pour changer un peu de Tsiroanomandidy, voici quelques messages de l'extrême Sud...
Le décor du sud semi désertique où il fait chaud et sec c'est beaucoup de sable délimité par des haies de cactus avec des chemins, des maisons en bois et des champs de maïs, manioc et patate douce.
Le problème éternel est l'absence d'eau, mais depuis qu'un projet a construit un puits à 4 kilomètres du village d'A., c'est la porte à côté et les enfants en 2 ou 3 aller-retours assurent les besoins quotidiens de la famille.
Les mauvaises années (quand il ne pleut pas car ici le beau temps c'est la pluie), il n'y a pas de récolte et c'est la famine. Ça c'est vue d'avion.
Quand on se rapproche, il y a tellement de détails que vous m'excuserez le vrac qui suit.
C'est un lieu où certaines filles à 17 ans ont déjà 3 enfants, ce qui pousse les vazaha de 25 à se sentir vieilles et stériles. Ce dernier point a d'ailleurs fait l'objet d'inquiétude au village : comment être mariée sans avoir d'enfant ? C'est là qu'intervient la technologie vazaha qui impressionne, mais il y a une bonne raison à ça. Les vazaha sont les enfants préférés de Dieu, c'est pourquoi ils savent des choses : ils font voler des bouts de ferraille dans le ciel qui devient une grand route ; ils mettent la main à l'oreille et peuvent parler à quelqu'un de l'autre côté de la mer ; ils suivent les baleines dans la mer...).
Les vazaha sont vraiment incroyables.
(...) suite au prochain post !
29 avril 2006
Comment ne pas avoir l'air d'un vrai touriste ?
J'ai été un peu sarcastique dans mon précédent message... Moi aussi je me suis promenée en ville en suivant à la lettre un guide de voyage, équipée comme si je partais pour 3 jours... au début. J'ai ensuite essayé de m'alléger, et de simplifier mes sorties en ville. J'en avais marre d'être la cible des marchands de souvenir, d'avoir les enfants mendiants collés à mes basques... Bon, à vrai dire, on ne s'en débarasse jamais, et on ne passe jamais inaperçu... Mais on peut tenter d'être un peu plus discret. Comment ?
- en s'habillant en habits de ville, comme on s'habille en France par exemple, et en évitant les signes extérieurs de richesse (appareil photo pendu en bandoulière, bijoux...)
- en n'emmenant que le strict minimum avec soi (papiers, parapluie si saison des pluies, argent, carnet d'adresses). Moins on n'en a, moins on craint le vol, moins on est stressé !
- en essayant de se déplacer comme les malgaches, en taxi be (transports collectifs), quand on n'est pas pressé !
- en se perdant dans les quartiers résidentiels, en n'hésitant pas à marcher, ni à demander son chemin aux passants quand on ne sait plus où l'on est ! (1)
- en s'arrêtant boire un coup dans un epi bar et en profiter pour discuter avec le vendeur, s'il a le temps
- en ne jettant pas un seul oeil sur les babioles des marchands de souvenirs ambulants !
-... à vous de compléter, dans les commentaires !
(1) Quand on est vraiment perdu, on peut toujours prendre un taxi kely (taxi individuel), et donner l'adresse de là où on rentre ! Seule difficulté si l'on est vraiment perdu : difficile d'estimer le prix "réel" de la course, et de négocier sec !
25 avril 2006
Comment avoir l'air d'un vrai touriste ?
Bien sûr, tout blanc de peau ne passe jamais inaperçu à Mada... Impossible de se fondre dans la masse ! En ville, et notamment à Tana, on peut néanmoins facilement distinguer le "vrai touriste" du "pseudo zanatana" (1).
Les 10 commandements du parfait touriste discret à Antananarivo (la capitale) :
- même en pleine ville, se promener en habits de randonnée, comme si l'on allait au fin fond d'un parc naturel très sauvage
- emmener son sac à dos ("quechui" pour les français, pour bien se faire repérer des autres français comme étant leur compatriote)
- remplir ledit sac d'un nécessaire de survie (pour compléter la panoplie "randonneur en milieu hostile") : de quoi manger et une bouteille remplie d'eau, un guide de voyage (en général, le routard), ses papiers, un nécessaire de pharmacie d'urgence "au cas où", de la crème solaire, un pull au cas où il ferait froid, un K-Way au cas où il pleuve, plusieurs paquets de mouchoirs en cas d'allergie, l'indispensable appareil photo... j'en oublie ?
- porter ledit sac à dos sur son ventre, pour éviter de se faire piquer les trésors qu'il contient
- privilégier les sorties en groupe, ce qui aide à passer inaperçu
- parler fort de ses impressions des aventures de la veille ("Mmmh, ce restaurant, là, il était bon et pas cher !" ou "Toutes les filles étaient à mes pieds, hier soir, en boîte !")
- lorsqu'en fin de compte, on se rend compte que dans cette capitale (mais aussi dans toutes les villes, même petites), on peut acheter à peu près partout de quoi boire et faire un en-cas, plutôt que de tenter l'aventure d'une emplète dans un epi-bar (2) local, se rabattre sur un café tenu par des vazahas (3), conseillé dans le guide de voyage
- une fois attablé, sortir ledit guide de voyage et le poser sur sa table, pour marquer son appartenance, et le compulser afin de vérifier quelle est la spécialité du lieu que l'on va commander, plutôt que de tester un autre plat
- prêter attention aux enfants mendiants, aux marchands de souvenirs, être gentil avec eux
- ... à vous, lecteurs, de compléter ces commandements !
(1) zanatana = local, souvent utilisé pour les descendants d'européens nés à Madagascar (vous me corrigez, les malgachophones, si je dis une connerie !)
(2) epi-bar = épicerie + bar, comme son nom l'indique !
(3) vazaha = européen, ou blanc de peau
31 mars 2006
Les jours rallongent...
... et même si je suis rentrée de Madagascar depuis plus d'un an à présent, cela me fait encore bizarre !
J'ai tendance à attendre qu'il fasse nuit pour me dire "il est temps que je rentre du boulot", alors qu'il est déjà 19h passées (et pire avec le changement d'heure !!)...
A Mada, la saison chaude et humide doit être en train de se finir... alors qu'en France, la végétation est à peine en train de se réveiller !
10 mars 2006
L'importance de l'emballage

- Non, ne les ouvre pas tout de suite... Non, non, attends, tu les ouvriras après, chez toi, quand tout le monde sera parti. C'est comme ça, à Madagascar !
- Ah bon ? D'accord...
Plus tard, quand tout le monde est parti, je déballe :
- Mais qui m'a offert ce beau chapeau ?
- Bah... tu te rappelles pas, à partir de l'emballage ?
Un peu plus tard, quand on croise les auteurs des cadeaux, le jeu est d'arriver à les remercier sans savoir ce qu'ils ont eu la gentillesse d'offrir... Attention aux gaffes !
17 janvier 2006
Gafilo... la gaffe !
... disait un conseiller municipal d'une commune rurale malgache. Il avait eu ce trait d'humour, malgré les dégâts de ce cyclone, à propos de l'annulation de la fête de la femme qui se préparait pour le 8 mars 2004.
Même lorsqu'on n'est pas sur le chemin même du cyclone, mais à une bonne centaine de km, c'est impressionnant. Le vent souffle fort, sans discontinuer. Il pleut fort, aussi. On entend les éléments mal fixés, tels que les tôles ondulées des toits, qui grincent, se choquent entre elles. On s'enferme, et on fait le dos rond, en attendant que ça passe. On se demande ce qui va arriver, si l'intensité de la tempête va encore augmenter ou commencer à diminuer. On se sent bien petit devant la nature, qui peut dépenser tant d'énergie destructrice. Il y a un mélange d'excitation et d'une sorte d'angoisse. Mais chez moi, à part le toit des toilettes qui s'est plié, rien de grave.
Je pensais en fait plutôt aux paysans avec lesquels je travaillais. Je me demandais comment ça se passait, dans leur maison de terre crue au toit en chaume.
Pour eux, la queue du cyclone a fait autant de dégâts que le passage de celui-ci. Cinq jours de pluies continues, toujours dans la même direction : certains murs n'ont pas résisté. Des maisons se sont écroulées, parfois sur leurs habitants. Dans la nuit, le sommeil est mauvais, car on guette le moindre bruit qui pourrait indiquer que l'affaissement est imminent. Et pourtant, il n'y a nulle part ailleurs où aller que chez soi.
Malgré ces moments difficiles, et les vents qui ont ravagé une partie des cultures, c'est le même sourire que d'habitude qu'arbore Jean Emile, agriculteur à Diavolana, lorsque je le rencontre. Alors qu'en France, on se précipiterait à raconter ce qui nous est arrivé, tout de suite, à un nouvel interlocuteur(1), il prend le temps des salutations, et répond même à la question habituelle "quelles nouvelles?" : "pas de nouvelles". Puis, peu à peu, il livre calmement ce qui a pu arriver. L'estimation de perte de récolte. Les maisons écroulées dans le village. La route encore plus mauvaise. Mais ça va quand même. "Et toi, Lilikely, tu n'as pas eu trop peur ?".
Pour moi, je n'avais pas eu peur. Mais pour des proches, en dehors des paysans, oui.
Ma belle mère était avec une amie à Antalaha, juste où le cyclone est entré sur l'île, avec toute sa force. Plusieurs jours sans nouvelles, sinon que la ville est détruite à 90%. Le mari de l'amie m'appelle depuis la France, alarmé, il veut, il exige des nouvelles. Si je ne lui en donne pas, il viendra lui-même en chercher. En France, on ne montre que les images les plus frappantes. Le téléphone ne passe bien sûr plus à Antalaha. Impossible d'avoir des informations. J'arrive juste à savoir d'après le consulat d'à côté qu'il n'y aurait pas de morts européens... Que l'aéroport sera bientôt fonctionnel, et que des avions pourront en partir.
Une copine était elle à Mahajanga et devait partir sur un petit bateau de pêcheur pour rejoindre une zone d'étude reculée. La dame du consulat, apparemment pas du tout préparée à gérer ce genre de situation, ne peut me donner aucune information. Il faut dire qu'à Mahajanga, il y a eu le drame du Samson, un bateau faisant la liaison Mada - Comores. Il est parti des Comores malgré l'arrivée de Gafilo, et bien sûr... n'a jamais atteint son but. Il faut dira aussi qu'à Mahajanga, personne n'était au courant de l'arrivée du cyclone. L'information n'a pas circulé. Un copain volontaire là bas, qui venait d'emménager près de la mer, a pu partir de chez lui à temps grâce à un appel téléphonique de sa mère, qui s'inquiétait en France !
Personne de mes proches n'a été touché, à part la peur. Tout le monde était bien à l'abri. Chacun pourra rentrer chez soi en France, sain et sauf, avec de sacrés souvenirs.
Mais pour les malgaches, chez eux c'est là, là où il faut reconstruire, là où la récolte sera plus faible de moitié, et il faut faire avec. Un coup dur de plus. Ce n'est pas le premier ni le dernier.
(1) d'ailleurs c'était vraiment comme ça lors de la tempête de 1999 en France.
02 janvier 2006
Cette petite main...
... qui a caressé mon coeur
Cela faisait plus de 6 mois que j'étais à Madagascar, et c'était mon premier répit. Une première pause, prise presque de force, au bord du gouffre de la dépression. Un temps nécéssaire pour ne pas me déconstruire entièrement. Une courte semaine à Mahajanga, sans autre but que de se reposer.
Trop de travail, trop de pression, je n'ai pas pris assez soin de moi et j'en suis même désagréable avec tout le monde. De plus, je suis assez desespérée de ne pas arriver à sympathiser davantage avec les malgaches. C'est pourtant un de mes objectifs en partant comme volontaire : pouvoir être proche des gens, essayer de comprendre vraiment ce qu'ils vivent.
Ce premier matin, après le voyage, c'est d'abord la recherche d'une bonne adresse pour le petit déjeuner qui me motive. Il parait qu'il y a une sorte de salon de thé qui fait des pâtisseries et des jus de fruits. Je marche dans la grande avenue qui passe par l'hôtel de ville, et j'observe les gens. C'est comme si je n'étais plus à Madagascar, j'ai l'impression d'être ailleurs. Les mosquées, l'habillement - notamment des femmes - à la mode comorienne ou indienne, me dépaysent.
A côté de moi, une famille : typée asiatique, une petite maman et ses trois fillettes. Elles marchent dans la même direction. Elles discutent, en malgache. La plus jeune cherche à attraper une main familière, et c'est sur moi qu'elle tombe, sans s'en rendre compte. Ses soeurs rigolent discrètement, mais ne lui disent rien. Moi non plus. Nous faisons ainsi un peu de chemin ensemble, main dans la main, comme si nous nous connaissions, simplement. Ça me donne l'impression de faire partie de la famille.
Et puis, la petite a levé la tête vers moi.
Mon inconscient a dû effacer l'expression d'effroi qui s'est sans doute dessiné sur son visage, car je ne me rappelle que du sourire bienveillant de sa maman et des rires très amusés de ses grandes soeurs. Et surtout, de cette petite main, inattendue, dans la mienne. Cette petite main qui m'a confirmé qu'on est bien de la même espèce, gasy et vazaha, et qui a conforté ma place dans le genre humain.
Cela m'a redonné espoir : malgré toutes nos différences culturelles, on peut rire de la même chose. Ce pays pouvait donc malgré tout bien m'adopter, à sa façon.

