13 avril 2005
Le français est difficile - la preuve
J'écrivais le 5 avril que le français aussi est difficile... surtout lorsqu'on parle des langues régionales !
En voici un exemple. Alors, vous avez compris, vous?
06 avril 2005
Pour illustrer...
On a parlé de charette, de manger du riz... en français, en malagasy... Et voilà en images !
La charette / Ny sarety
Manger du riz / Minambary
05 avril 2005
Le français aussi est difficile
Oui, j'ai râlé sur les difficultés de la langue malgache... Mais pour les malgaches, parler français, c'est aussi difficile.
- Avec la mutiplicité des temps possibles et des conjugaisons... C'est vrai qu'il y a de quoi se perdre ! Même nous francophones de langue maternelle faisons souvent des erreurs ! De plus, le pluriel n'est pas marqué en malgache, alors qu'il s'encombre de "les", "s" et de "x" en français. Sans parler du journal qui devient les journaux.
- Avec nos "Vas-y", j'en mets", "Il y est déjà", et j'en passe. Toutes ces "y", "en"... (je ne sais même pas comment on les appelle, ces ?) posent d'ailleurs à la plupart des étrangers apprenant le français. Et vous seriez capables, vous, d'expliquer les règles d'utilisation et de construction de phrases avec y et en ?
- J'ai aussi remarqué que "prêter" et "emprunter" sont souvent confondus, je n'ai pas éclairci l'affaire mais je suppose que la ressemblance de ces 2 mots n'y est pas étrangère... A moins que ce ne soit de la mauvaise volonté de la part de mes créanciers ?
- La prononciation du français n'est pas non plus aisée. Surtout lorsqu'il y a 2 consonnes à la suite, particulièrement avec un [ss] ou un [k] en première position. Le stylo devient ainsi le [sitilo], le cyclone le [cikilon'], la bicyclette la [bicikiletty], et le client un [kilian]. Avec un "b" suivi d'une autre consonne, c'est aussi rigolo : la brouette devient la [bourett']. Ce qui est étonnant au final, c'est que les malgaches prononcent bien "taxi-brousse" comme il faut, et non pas [takisi bourouss'] comme on pourrait supposer...
- Le son [ll] comme dans "yeux" pose aussi parfois problème pour les malgaches. Surtout s'il est accompagné d'une diphtongue qui n'existe pas en malgache. Par exemple, le mot "yaourt" est très difficile, et est prononcé [yayourt]. Le prénom "Yoan" devient lui carrément [Youyann] quand il ne devient pas [euh, le Monsieur qui ressemble Jésus kristy]. Dans ce dernier cas, il est plus facile de dire que l'on s'appelle "Yoyo", qui deviendra [Youyou], car je ne l'avais pas encore dit, mais le son [ô] n'existe pas en malagasy, et est souvent prononcé [ou]. Par ailleurs, la vanille devient la [vanil'] mais les filles restent bien des [fiy']...
- La prononciation des [je], [ze] donne lieu à des confusions. Le [je] est prononcé [ze] par les malgaches quand ils parlent en français. Ainsi, quelqu'un qui fabrique des bisous n'est autre que le bizoutier, qui en fin de compte ne vous embrasse pas mais vous serre la main et prend commande de vos colliers, boucles d'oreilles et autres bracelets. Et comment rester sérieux lorsqu'on vous dit "ze t'aime !" (à zenoux !) ?
- La prononciation des [ch], [ss]. Le son [ch] est lui difficile à prononcer et se transforme souvent en [ss]. La charette devient en malagasy la "sarrety" (cf. message du 04/04/05), ou le charbon le "saribony". Mais même en prononçant le français, les malgaches ont du mal, et le charbon reste le sarbon, le chien devient sien et le chat ça...
A l'inverse, chez certaines ethnies (Betsileo, Antemoro par exemple), le [ss] en malgache est prononcé [ch]. Par exemple, à Antananarivo, en pays Merina, pour dire "il y a", on dit "Misy", qui se prononce [miss']. A Manakara, en pays Antemoro, on prononce [mich']. Donc, si quelqu'un à Manakara vous demande des choux, c'est en général qu'il veut vous prêter de l'argent... Euh, vous en emprunter, pardon !
04 avril 2005
Latable & laclé
Je reviens sur la difficulté d'apprendre le malgache. Il y a quand même quelques facilités.
Certains mots ont été adaptés à partir de langues européennes ou de l'arabe. Par exemple, les jours de la semaine viennent directement de l'arabe : alakamisy pour le jeudi, talata pour le mardi, etc... Mais pour le dimanche, tout le monde comprend Dimansy !
D'autres directement du français ou de l'anglais, avec une petite adaptation :
Table = latabatra [latab'tch'] donc "la table" c'est "ny latabatra". L'article "la" a été gardé dans le malgache. C'est plutôt rigolo ça !
Clé = lakile
Charette = sarety
Livre = boky
Ecole = sekoly
etc, etc...
Une fois qu'on connait ces mots, au moins on les retient plus facilement... Reste juste à avoir la bonne prononciation ensuite. Exemple facile : "Où est la clé ?" se traduit par "Aiza ny lakile ?", qui se prononce [aïz' ny lak'lé?].
Certains guides touristiques conseillent d'ailleurs de s'amuser à essayer de reconnaître ces mots en écoutant une discussion. C'est une suggestion intéressante, mais un vrai exercice de concentration, car dans un flot de paroles incompréhensibles, allez arriver à reconnaître un mot qui ne ressemble que de loin à ce que qu'on connaît... c'est pas gagné !
02 avril 2005
Parler malgache / Miteny gasy
2 ans à Madagascar. Presque 2 ans. En y partant, je pensais bien sûr apprendre la langue et espérais secrètement devenir bilingue. Peine perdue.
Pourquoi la langue malgache est-elle difficile ? Pour les français en tout cas. Pour moi plus particulièrement ?
1- Déjà, pas mal de gens parlent un peu français : beaucoup dans les grandes villes, et assez peu dans les campagnes. Du coup, c'est plus facile pour se faire comprendre, on finit toujours par trouver quelqu'un pour nous aider si ce qu'on cherche est compliqué. Du coup, on n'a pas besoin de se forcer, et si on est un peu flemmard, on profite de cela. Même si ce n'est vraiment pas une bonne raison pour ne pas faire l'effort d'apprendre. En plus, j'avais la chance de travailler avec des animateurs malgaches parlant bien français, c'était plus "efficace" de les laisser faire les traductions, plutôt que de prendre un quart d'heure pour formuler chaque phrase...
2- Ensuite, même quand on n'est pas flemmard, et qu'on veut faire des efforts, on se retrouve face à une langue qui n'a vraiment rien à voir avec la nôtre. Vraiment rien !
Par exemple, il y a des accentuations, qui jouent sur le sens du mot. Un même mot (Tanana), avec une accentuation différente, peut vouloir dire main ou village. Pareil avec Lalana, route ou loi . Or en français nous n'avons pas l'habitude de parler avec une accentuation comme pour l'espagnol. Donc, j'ai dû souvent demander aux passants "Où est la 'loi' pour se rendre à Tsiroanomandidy ?".
Autre exemple : la longueur des mots. Rien que le nom du pays et de sa capitale mettent la puce à l'oreille (Madagascar, Antananarivo). En fait, beaucoup de noms pour désigner les choses sont des mots composés, comme Masoandro (le soleil), qui vient de Masoa-Andro, littéralement l'oeil du jour. Ou Solomasoa, les lunettes, littéralement remplaçant d'oeil. Et puis même pour dire des choses telles que "manger du riz", hop, les malgaches ont fait un verbe composé : Minambary, qui vient de Mihinana (manger) et vary (riz). Bon, d'accord, c'est vrai que c'est important de manger du riz à Madagascar, et qu'il fallait bien un mot pour ça. Mais quel étonnement lorsque la petite fille qui m'aidait à mes débuts m'a traduit directement "Tsy mbola ninambary", soit je n'ai pas encore mangé de riz, alors que je lui demandais "comment dit-on : je n'ai pas encore mangé?". Manifestement, elle ne pouvait pas concevoir que même si je n'avais pas encore mangé, je ne pouvais manger autre chose que du riz. On reviendra au riz dans un prochain message.
De plus, les sonorités sont vraiment éloignées des nôtres, la prononciation est différente. Beaucoup de diphtongues, et surtout, une grande partie des mots sont "mangés*". Des syllabes entières disparaissent entre l'écrit et l'oral. Après quelques mois à Madagascar et en connaissant l'orthographe des mots, on arrive quelquefois à entendre les syllabes diparues. Quelquefois. Exemple : la ville où j'habitais, Tsiroanomandidy, se prononce en fait [Tsiro'nmandid']. Mais au final, comme c'est de toutes façons long à dire, on fini par dire Tsiro ou Tsididy. Allez vous y retrouver avec tout ça !
Ainsi, les mots les plus courants ne sont pas faciles à acquérir : les salutations (dans la capitale : Manao ahoana [manaôn']), et le simple "merci", Misaotra [m'sotch'], il m'a fallu une dizaine de jours pour les mémoriser (avec la bonne prononciation). Heureusement, pour la nourriture, c'est plus facile : vary sy laoka [var' sy lok'], riz et accompagnement !
3- La grammaire. Ca parait simplissime au début. Trois temps seulement : passé, présent, futur. Pas de subjonctif, de conditionnel, de passé composé... le bonheur... au début. Pas de conjugaison : avec je tu il nous vous ils, c'est toujours pareil, pas besoin de conjuguer. Le bonheur encore. MAIS... Tout cela c'est pour la forme active. Et au final, les malgaches s'expriment surtout avec la forme passive... nettement plus difficile à maîtriser. Allez, j'avoue. C'est à la première leçon sur le passif que j'ai abandonné les cours de malgache... Pas réussi à surmonter... Menatra aho, j'ai honte...!! Je ne peux même pas donner d'exemple pour expliquer pourquoi c'est si difficile... Mais un lecteur peut être ?
4- Les références culturelles et la façon d'exprimer les idées sont aussi très éloignées des nôtres (surtout sur les hauts plateaux pour le deuxième point). Voire viennent d'une autre planète. D'ailleurs certains disent que les malgaches sont des descendants directs des extra-terrestres... Vous me croirez peut être si je vous dis que pour demander une pause pipi dans le taxi brousse, les malgaches disent "Olom-belona tsy akoho" = "l'homme n'est pas une poule" ? Parce que c'est ce qui se passe réellement. Explication : pour les malgaches, les poules ne pissent pas, elles ne font que chier. Donc, l'homme n'est pas une poule, il a besoin de pisser, lui... CQFD. On peut comprendre tous les mots de la phrase, si on n'a pas la même référence culturelle, on ne comprend pas le sens.
Continuons, prenons le chien. Pour nous européens, il bénéficie plutôt d'une bonne presse. On aime bien les chiens. A Madagascar, non. C'est un peu comme le rat pour nous. A Madagascar, il y a un criquet très coloré et qui pue, qui s'appelle le criquet des chiens. Pourquoi ? Parce que "même le chien n'en veut pas". Autrement dit, c'est un peu une raclure, ce criquet ! Personne n'en veut, pas même le chien ! C'est un peu comme si nous on disait d'un plat que même un rat n'en mangerait pas.
5- Les spécificités régionales font que le découragement arrive vite lorsqu'on voyage. La prononciation, l'accentuation, et parfois le vocabulaire changent avec les régions. Si tu te débrouilles à Tana, la capitale... tu ne comprends plus rien quand tu vas au sud, à l'est, au nord ou à l'ouest... Tout l'apprentissage est à recommencer... Misère !
Bref, le malgache est une langue difficile pour moi, lilikely. Pour beaucoup de français expatriés aussi, d'après ce que j'ai pu observer. Peu font l'effort d'apprendre un minimum. On dira que j'aurais au moins fait l'effort... de comprendre pourquoi je n'y arrivais pas... !
Pour finir, voici l'adresse d'un site avec quelques leçons de malgaches, y compris la prononciation : http://www.gasikara.net/Langue.htm
Bon courage ! / Mazotoa ê !
*malheureusement, ça ne nourrit pas...