Suite du récit de Cécile dans le grand Sud malgache

Et quand il pleut dans le grand sud  ?

Les enfants courent en slip. On n’entend pas leur cri car le bruit de la pluie sur la tôle est fracassant. Pendant des heures ils dansent.
Les bassins se remplissent à vue d’œil grâce aux nombreuses gouttières qui s’y déversent : le lendemain, c’est grande lessive ; les gens se lavent dans les trous sur la route (même soigneusement protégée des voitures par des barrières de cactus, l’eau reste relativement rouge de boue), mais c’est que du bonheur.
L’impluvium est plein et évite les 4 km au puits à de nombreuses femmes et enfants.

C’est aussi le triplement du prix des semences, le début d’une nouvelle saison de culture pour certains, l’abstinence pour ceux qui n’ont pas de quoi acheter des semences (« on reste assis à l’ombre »).

La pluie c’est aussi l’herbe qui pousse et qui affole les zébus : certains meurent tellement ils ont le ventre plein. Et c’est nous qu’on se régale : les offrandes de viande vont bon train (tellement que j’ai failli me convertir au végétarisme : découper de la viande passablement faisandée sous un flot de mouches qui te collent aux doigts, ça va un jour ou 2). Le
3ème ça continue, on a sacrifié une chèvre et on t’apporte quelques côtes, le 4ème une patte de mouton. Je deviens expert pour retirer la peau, bientôt brevet de boucher… Le mieux c’est bien sûr le cadeau : la poule sur patte qu’il faut égorger et plumer. Là j’avoue que j’ai délégué…

Toutes ces émotions ça m’a rendue malade, encore des amibes, et je suis rentrée du village toute maig’, c’est la fameuse observation participante de l’anthropologie, manger que du riz blanc pendant une semaine pour faire comme les gens, et bien ça ne me réussit pas des masses.
Alors je suis partie à Tana pour une petite pause boulimique avant de retourner dans cette région famélique (rassurez-vous, maintenant que les élections sont passées, le président a pu déclencher la crise et envoyer des
tonnes de riz dans les 30 communes les plus touchées. La situation se débloque).

(...) à suivre