Une histoire encore plus personnelle !

Il faut se méfier lorsqu'on est une fille et qu'on est invité à venir s'asseoir, seule avec un gars, si gentil soit-il, à l'arrière d'une bâchée à l'arrêt.
En fait, il faut déjà se méfier déjà lorsqu'on est invité à sortir en dehors d'un lieu où il y a de la musique et du monde... Non pas se méfier de la personne avec qui l'on sort, mais de l'interprétation du fait que l'on accepte de s'isoler avec ladite personne...
Ces règles de bases, je les avais oubliées (ou jamais apprises ?), et puis je suis toujours naïve !

C'était la fête d'au-revoir de K., la personne que je remplaçais, un peu ma fête d'arrivée aussi. Ça faisait un peu plus d'un mois que j'avais atterri à Tsiroanomandidy, Madagascar. Je n'avais pas vraiment eu le temps d'échanger avec des malgaches, de faire quelques connaissances, et j'étais heureuse lors de cette soirée d'essayer de discuter avec un paysan. Certes, nos échanges étaient limités, lui parlant à peine français, et moi encore moins malgache ! Néanmoins, je persevérais, lui faisais répéter ce qu'il me disait. Et là, j'ai fait 3 erreurs, dues à ma naïveté et mon envie d'enfin communiquer avec un(e) malgache :

- 1ère erreur : mettre uniquement sur le dos des difficultés de la langue française la prononciation approximative du paysan, sans avoir un instant la présence d'esprit de me dire "mais ce gars là est complètement bourré !". A ma décharge, je n'avais pas encore saisi que les paysans malgaches ne savent que boire avec déraison. Tant qu'il y en a, on enquille. La dégustation, ça n'existe pas !

- 2ème erreur : proposer moi-même de sortir de la salle sonorisée pour tenter de percevoir mieux le charabia de ce paysan si désireux de communiquer avec moi (et moi avec lui).

- 3ème erreur (mais là je ne pouvais pas savoir, pas encore) : accepter de monter à l'arrière de la bâchée.

Il ne s'est (heureusement) pas jeté sur moi, mais a continué à essayer de me faire comprendre "zétém". J'ai dû comprendre au bout d'un nombre incroyable de fois que cela voulait dire "je t'aime", enfin, peut être surtout quand il m'a pris la main ?
Erreur supplémentaire, plutôt que de quitter l'arrière de la bâchée sans chercher à en savoir plus (dire "je t'aime" pour un gars malgache équivaut à tester les sentiments de la jeune fille - ou plutôt son niveau d'acceptation de la proposition cachée "je veux coucher avec toi") - donc, plutôt que de quitter la bâchée, j'ai été touchée par la naïveté de cette phrase que je prenais pour une déclaration d'amour... et j'étais bien embêtée pour trouver le moyen d'éconduire ce malheureux amoureux pour lequel je n'éprouvais aucun sentiment, sinon une sympathie teintée de condescendance.
Je cherchais plutôt le moyen de lui expliquer que je ne l'aimais pas, mais que je voulais bien qu'on soit amis. Déjà, allez exprimer ça quand on n'a quasiment pas de base de langue en commun. Et en plus, quand on est dans un endroit où l'amitié n'existe pas sous la même notion que la nôtre, à fortiori l'amitié homme-femme !! Je ne savais pas comment faire pour ne pas le vexer.

Le fait est que sous couvert de ne pas le vexer, mon positionnement vu du côté malgache laissait entrevoir une sacrée ouverture ! J'avais accepté de sortir de la salle, de monter à l'arrière de la bâchée, je ne m'enfuyais pas maintenant que j'avais compris son "zétém"... Il devait juste se dire que je ne voulais pas me montrer comme une fille facile et qu'il fallait encore me convaincre, qu'il était sur le bon chemin !!

Quand il a commencé à me peloter, ma naïveté ne s'est quand même pas posé beaucoup de questions, et je suis sortie de la bâchée... sans pour autant lui faire la gueule, à ce pauvre paysan qui se montrait si sensible à mes charmes !