... il s'en passe des choses !

(pour mieux comprendre le texte qui suit, mieux vaut commencer par lire le message précédent)

Une des bâchées de l'association dormait souvent dans la rue, devant la maison que j'ai habité quelques semaines. Située à côté du bureau de l'époque et tout près de la rue principale, cette maison était aussi presque en face d'une sorte d'immeuble délabré, en briques, servant apparemment d'hôtel pas cher, fréquenté par les paysans venus "à la ville". Tsiroanomandidy, petite Sous Préfecture, draine le monde rural alentour, surtout lors du jour du marché aux zébus, l'un des plus grands de Madagascar, avec Ambalavao. Cela peut être la sortie de l'année pour un petit paysan que de venir à Tsiroanomandidy, ou pour vendre un zébu (mais en général il y a des intermédiaires), ou pour faire ses achats importants : matériel pour travailler la terre, quelques vêtements neufs pour la famille, des choses parfois difficiles à trouver au fin fond de la campagne malagasy. C'est aussi l'occasion d'aller voir une vidéo (aller voir plus d'explications à ce sujet le message du 30 juin 2005).

Mais cette sorte d'hôtel pas cher semble être aussi habité par des femmes, souvent avec leurs enfants, régulièrement. Voire, ce sont toujours les mêmes femmes qui sont là, et semblent sans mari. Cet hôtel serait en fait comme un hôtel de passe, à la portée des malagasy de la brousse.

Et comme il fait parfois chaud, que les chambres ne sont pas des plus confortables, que les paysans n'ont peut être pas toujours les moyens de payer une chambre... on m'a un jour fait comprendre que les bancs du pick up de la bâchée ont régulièrement servi aux ébats nocturnes des prostituées et de leurs clients !

Ma foi, les quelques semaines où j'ai habité cette maison, j'avoue ne m'être rendu compte de rien... Je saluais toujours les femmes présentes dans la rue, échangeant parfois avec elles quelques mots, les trouvant toujours souriantes. Je n'ai jamais rien trouvé de bizarre à l'arrière de la bâchée (il faut dire aussi que je fréquentais plutôt assidûment la place du conducteur, la meilleure !), ses occupants nocturnes semblent avoir eu la délicatesse de ne pas laisser de traces...

C'est un des animateurs malagasy avec qui je travaillais qui, bien plus tard, m'a révélé à demi-mot ce secret connu de tout le monde dans la rue... sauf des vazahas !

J'aurai pu m'en horrifier, me mettre en guerre contre ce lieu de prostitution, plaindre ces femmes vendant leur corps... mais la vie sur place est tellement difficile, tellement dure, et ces histoires de sexe si souvent tournées en dérision à Madagascar... que ça m'a fait bien rire, et me remet un petit sourire au lèvres quand j'y repense à présent... et je me demande comment ils pouvaient s'y prendre pour arriver à quelque chose de confortable sur ces banquettes certes moletonnées... mais larges de 30 cm !