Bonjour vazaha ! !

C'est ce qu'entend souvent un blanc de peau qui se promène à Madagascar... Entrez et decouvrez d'autres instants de vie quotidienne et de découverte interculturelle !

24 janvier 2006

LA POSSIBILITE D UNE ILE DE PAQUES

Pour une fois, intéressons nous à une autre île : l'Ile de Paques. Ce texte m'a touchée et j'ai envie de vous le faire partager, même s'il n'a rien à voir avec les vazahas ou les gasy... Quoique... Madagascar n'est-elle pas une future île de Paques ?

QUAND le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvrit en 1722 l'île de Pâques, celle-ci ne possédait plus qu'une végétation rase. Pas un arbre à l'horizon. Seuls 400 habitants y vivaient, misérablement, se nourrissant de légumes et de poulets. Sans arbres, donc sans bois ni embarcations, ils ne pouvaient aller pêcher dans l'océan alentour, pourtant riche en poissons de toute sorte. Divisés en onze clans fortement hiérarchisés, chacun doté d'un chef, ils se disputaient un territoire d'environ vingt kilomètres sur quinze.

Et ne répugnaient pas au cannibalisme. Sur l'île, des centaines de statues de pierre fixaient le ciel de leurs yeux vides.

Pourtant, trois siècles auparavant, l'île de Pâques comptait trente fois plus d'habitants: on estime que leur nombre atteignit les 15 000 individus. Couverte d'une haute forêt tropicale, elle abritait une riche faune d'oiseaux terrestres et marins. Le palmier indigène offrait aux insulaires sa sève et ses noix en guise de nourriture, son tronc pour fabriquer de solides embarcations, les fibres de son écorce pour tresser des cordages. Ils en usèrent abondamment.

Surtout que...

Surtout qu'ils étaient divisés en plusieurs groupes rivaux. Sous la conduite de leurs chefs et de leurs prêtres, ces groupes érigèrent partout des statues géantes, symboles de supériorité. Pour acheminer ces statues depuis les carrières jusqu'aux emplacements adéquats, il fallait beaucoup de troncs et de cordages. La compétition battit son plein jusqu'au jour où l'île se retrouva sans palmiers. Les sols devinrent vulnérables à l'érosion, les récoltes diminuèrent. Les oiseaux terrestres furent les premiers à subir une extinction totale. 
Puis ce fut le tour de la population humaine... Nous sommes, dit André Lebeau, auteur de «L'engrenage de la technique» (1), exactement comme ces habitants de l'île de Pâques. Nous ne pouvons quitter la Terre. Perdus qu'ils étaient au milieu de l'océan Pacifique, à 1 300 miles de l'île la plus proche, Pitcairn, eux non plus ne pouvaient trouver refuge ailleurs. Nous ne sommes pas beaucoup plus malins qu'eux: notre cerveau et notre patrimoine génétique sont identiques aux leurs. Nous aussi sommes en train de saccager allègrement notre niche écologique : en scientifique conséquent, le géophysicien et ancien haut responsable du Cnes Lebeau rappelle le diagnostic bien connu sur l'épuisement des ressources et la saturation de l'espace vital, et en tire froidement cette conclusion logique: il est probable que le destin de l'espèce humaine se jouera au cours de ce siècle. Or sa tendance fondamentale est de "se constituer en groupes dotés d'une hiérarchie et qui s'opposent les uns aux autres pour les ressources et pour l'espace". On se souvient du mot de Bush: "Le mode de vie des Américains n'est pas négociable."
Cette pulsion ancienne, "ancrée dans les bases génétiques du comportement collectif", et menant évidemment au désastre, pourra-t-elle être contrebalancée parce que Lebeau appelle la "superstructure culturelle", cet acquis transmis d'une génération à la suivante par l'éducation, et qui peut influer sur les comportements collectifs ?
On pleure l'Europe; l'absence de rêve commun; le "capitalisme sans projet". En voilà un, de projet: éviter l'île de Pâques.

Bonne année!

Texte de Jean-Luc Porquet

(Canard Enchaine du 04/01/06).

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17 janvier 2006

Gafilo... la gaffe !

         ... disait un conseiller municipal d'une commune rurale malgache. Il avait eu ce trait d'humour, malgré les dégâts de ce cyclone, à propos de l'annulation de la fête de la femme qui se préparait pour le 8 mars 2004.

Même lorsqu'on n'est pas sur le chemin même du cyclone, mais à une bonne centaine de km, c'est impressionnant. Le vent souffle fort, sans discontinuer. Il pleut fort, aussi. On entend les éléments mal fixés, tels que les tôles ondulées des toits, qui grincent, se choquent entre elles. On s'enferme, et on fait le dos rond, en attendant que ça passe. On se demande ce qui va arriver, si l'intensité de la tempête va encore augmenter ou commencer à diminuer. On se sent bien petit devant la nature, qui peut dépenser tant d'énergie destructrice. Il y a un mélange d'excitation et d'une sorte d'angoisse. Mais chez moi, à part le toit des toilettes qui s'est plié, rien de grave.

Je pensais en fait plutôt aux paysans avec lesquels je travaillais. Je me demandais comment ça se passait, dans leur maison de terre crue au toit en chaume.
Pour eux, la queue du cyclone a fait autant de dégâts que le passage de celui-ci. Cinq jours de pluies continues, toujours dans la même direction : certains murs n'ont pas résisté. Des maisons se sont écroulées, parfois sur leurs habitants. Dans la nuit, le sommeil est mauvais, car on guette le moindre bruit qui pourrait indiquer que l'affaissement est imminent. Et pourtant, il n'y a nulle part ailleurs où aller que chez soi.

Malgré ces moments difficiles, et les vents qui ont ravagé une partie des cultures, c'est le même sourire que d'habitude qu'arbore Jean Emile, agriculteur à Diavolana, lorsque je le rencontre. Alors qu'en France, on se précipiterait à raconter ce qui nous est arrivé, tout de suite, à un nouvel interlocuteur(1), il prend le temps des salutations, et répond même à la question habituelle "quelles nouvelles?" : "pas de nouvelles". Puis, peu à peu, il livre calmement ce qui a pu arriver. L'estimation de perte de récolte. Les maisons écroulées dans le village. La route encore plus mauvaise. Mais ça va quand même. "Et toi, Lilikely, tu n'as pas eu trop peur ?".

Pour moi, je n'avais pas eu peur. Mais pour des proches, en dehors des paysans, oui.
Ma belle mère était avec une amie à Antalaha, juste où le cyclone est entré sur l'île, avec toute sa force. Plusieurs jours sans nouvelles, sinon que la ville est détruite à 90%. Le mari de l'amie m'appelle depuis la France, alarmé, il veut, il exige des nouvelles. Si je ne lui en donne pas, il viendra lui-même en chercher. En France, on ne montre que les images les plus frappantes. Le téléphone ne passe bien sûr plus à Antalaha. Impossible d'avoir des informations. J'arrive juste à savoir d'après le consulat d'à côté qu'il n'y aurait pas de morts européens... Que l'aéroport sera bientôt fonctionnel, et que des avions pourront en partir.
Une copine était elle à Mahajanga et devait partir sur un petit bateau de pêcheur pour rejoindre une zone d'étude reculée. La dame du consulat, apparemment pas du tout préparée à gérer ce genre de situation, ne peut me donner aucune information. Il faut dire qu'à Mahajanga, il y a eu le drame du Samson, un bateau faisant la liaison Mada - Comores. Il est parti des Comores malgré l'arrivée de Gafilo, et bien sûr... n'a jamais atteint son but. Il faut dira aussi qu'à Mahajanga, personne n'était au courant de l'arrivée du cyclone. L'information n'a pas circulé. Un copain volontaire là bas, qui venait d'emménager près de la mer, a pu partir de chez lui à temps grâce à un appel téléphonique de sa mère, qui s'inquiétait en France !

Personne de mes proches n'a été touché, à part la peur. Tout le monde était bien à l'abri. Chacun pourra rentrer chez soi en France, sain et sauf, avec de sacrés souvenirs.

Mais pour les malgaches, chez eux c'est là, là où il faut reconstruire, là où la récolte sera plus faible de moitié, et il faut faire avec. Un coup dur de plus. Ce n'est pas le premier ni le dernier.

(1) d'ailleurs c'était vraiment comme ça lors de la tempête de 1999 en France.

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03 janvier 2006

Bonne année / Tratry ny taona !

A toutes et tous,

que vous soyez gasy, vazaha, habitants de notre planète ou non !

Posté par lilikely à 10:01 - Hors catégorie - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 janvier 2006

Cette petite main...

... qui a caressé mon coeur

Cela faisait plus de 6 mois que j'étais à Madagascar, et c'était mon premier répit. Une première pause, prise presque de force, au bord du gouffre de la dépression. Un temps nécéssaire pour ne pas me déconstruire entièrement. Une courte semaine à Mahajanga, sans autre but que de se reposer.
Trop de travail, trop de pression, je n'ai pas pris assez soin de moi et j'en suis même désagréable avec tout le monde. De plus, je suis assez desespérée de ne pas arriver à sympathiser davantage avec les malgaches. C'est pourtant un de mes objectifs en partant comme volontaire : pouvoir être proche des gens, essayer de comprendre vraiment ce qu'ils vivent.

Ce premier matin, après le voyage, c'est d'abord la recherche d'une bonne adresse pour le petit déjeuner qui me motive. Il parait qu'il y a une sorte de salon de thé qui fait des pâtisseries et des jus de fruits. Je marche dans la grande avenue qui passe par l'hôtel de ville, et j'observe les gens. C'est comme si je n'étais plus à Madagascar, j'ai l'impression d'être ailleurs. Les mosquées, l'habillement - notamment des femmes - à la mode comorienne ou indienne, me dépaysent.

A côté de moi, une famille : typée asiatique, une petite maman et ses trois fillettes. Elles marchent dans la même direction. Elles discutent, en malgache. La plus jeune cherche à attraper une main familière, et c'est sur moi qu'elle tombe, sans s'en rendre compte. Ses soeurs rigolent discrètement, mais ne lui disent rien. Moi non plus. Nous faisons ainsi un peu de chemin ensemble, main dans la main, comme si nous nous connaissions, simplement. Ça me donne l'impression de faire partie de la famille.

Et puis, la petite a levé la tête vers moi.

Mon inconscient a dû effacer l'expression d'effroi qui s'est sans doute dessiné sur son visage, car je ne me rappelle que du sourire bienveillant de sa maman et des rires très amusés de ses grandes soeurs. Et surtout, de cette petite main, inattendue, dans la mienne. Cette petite main qui m'a confirmé qu'on est bien de la même espèce, gasy et vazaha, et qui a conforté ma place dans le genre humain.

Cela m'a redonné espoir : malgré toutes nos différences culturelles, on peut rire de la même chose. Ce pays pouvait donc malgré tout bien m'adopter, à sa façon.

Posté par lilikely à 14:27 - Vécu - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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