... disait un conseiller municipal d'une commune rurale malgache. Il avait eu ce trait d'humour, malgré les dégâts de ce cyclone, à propos de l'annulation de la fête de la femme qui se préparait pour le 8 mars 2004.

Même lorsqu'on n'est pas sur le chemin même du cyclone, mais à une bonne centaine de km, c'est impressionnant. Le vent souffle fort, sans discontinuer. Il pleut fort, aussi. On entend les éléments mal fixés, tels que les tôles ondulées des toits, qui grincent, se choquent entre elles. On s'enferme, et on fait le dos rond, en attendant que ça passe. On se demande ce qui va arriver, si l'intensité de la tempête va encore augmenter ou commencer à diminuer. On se sent bien petit devant la nature, qui peut dépenser tant d'énergie destructrice. Il y a un mélange d'excitation et d'une sorte d'angoisse. Mais chez moi, à part le toit des toilettes qui s'est plié, rien de grave.

Je pensais en fait plutôt aux paysans avec lesquels je travaillais. Je me demandais comment ça se passait, dans leur maison de terre crue au toit en chaume.
Pour eux, la queue du cyclone a fait autant de dégâts que le passage de celui-ci. Cinq jours de pluies continues, toujours dans la même direction : certains murs n'ont pas résisté. Des maisons se sont écroulées, parfois sur leurs habitants. Dans la nuit, le sommeil est mauvais, car on guette le moindre bruit qui pourrait indiquer que l'affaissement est imminent. Et pourtant, il n'y a nulle part ailleurs où aller que chez soi.

Malgré ces moments difficiles, et les vents qui ont ravagé une partie des cultures, c'est le même sourire que d'habitude qu'arbore Jean Emile, agriculteur à Diavolana, lorsque je le rencontre. Alors qu'en France, on se précipiterait à raconter ce qui nous est arrivé, tout de suite, à un nouvel interlocuteur(1), il prend le temps des salutations, et répond même à la question habituelle "quelles nouvelles?" : "pas de nouvelles". Puis, peu à peu, il livre calmement ce qui a pu arriver. L'estimation de perte de récolte. Les maisons écroulées dans le village. La route encore plus mauvaise. Mais ça va quand même. "Et toi, Lilikely, tu n'as pas eu trop peur ?".

Pour moi, je n'avais pas eu peur. Mais pour des proches, en dehors des paysans, oui.
Ma belle mère était avec une amie à Antalaha, juste où le cyclone est entré sur l'île, avec toute sa force. Plusieurs jours sans nouvelles, sinon que la ville est détruite à 90%. Le mari de l'amie m'appelle depuis la France, alarmé, il veut, il exige des nouvelles. Si je ne lui en donne pas, il viendra lui-même en chercher. En France, on ne montre que les images les plus frappantes. Le téléphone ne passe bien sûr plus à Antalaha. Impossible d'avoir des informations. J'arrive juste à savoir d'après le consulat d'à côté qu'il n'y aurait pas de morts européens... Que l'aéroport sera bientôt fonctionnel, et que des avions pourront en partir.
Une copine était elle à Mahajanga et devait partir sur un petit bateau de pêcheur pour rejoindre une zone d'étude reculée. La dame du consulat, apparemment pas du tout préparée à gérer ce genre de situation, ne peut me donner aucune information. Il faut dire qu'à Mahajanga, il y a eu le drame du Samson, un bateau faisant la liaison Mada - Comores. Il est parti des Comores malgré l'arrivée de Gafilo, et bien sûr... n'a jamais atteint son but. Il faut dira aussi qu'à Mahajanga, personne n'était au courant de l'arrivée du cyclone. L'information n'a pas circulé. Un copain volontaire là bas, qui venait d'emménager près de la mer, a pu partir de chez lui à temps grâce à un appel téléphonique de sa mère, qui s'inquiétait en France !

Personne de mes proches n'a été touché, à part la peur. Tout le monde était bien à l'abri. Chacun pourra rentrer chez soi en France, sain et sauf, avec de sacrés souvenirs.

Mais pour les malgaches, chez eux c'est là, là où il faut reconstruire, là où la récolte sera plus faible de moitié, et il faut faire avec. Un coup dur de plus. Ce n'est pas le premier ni le dernier.

(1) d'ailleurs c'était vraiment comme ça lors de la tempête de 1999 en France.