... qui a caressé mon coeur

Cela faisait plus de 6 mois que j'étais à Madagascar, et c'était mon premier répit. Une première pause, prise presque de force, au bord du gouffre de la dépression. Un temps nécéssaire pour ne pas me déconstruire entièrement. Une courte semaine à Mahajanga, sans autre but que de se reposer.
Trop de travail, trop de pression, je n'ai pas pris assez soin de moi et j'en suis même désagréable avec tout le monde. De plus, je suis assez desespérée de ne pas arriver à sympathiser davantage avec les malgaches. C'est pourtant un de mes objectifs en partant comme volontaire : pouvoir être proche des gens, essayer de comprendre vraiment ce qu'ils vivent.

Ce premier matin, après le voyage, c'est d'abord la recherche d'une bonne adresse pour le petit déjeuner qui me motive. Il parait qu'il y a une sorte de salon de thé qui fait des pâtisseries et des jus de fruits. Je marche dans la grande avenue qui passe par l'hôtel de ville, et j'observe les gens. C'est comme si je n'étais plus à Madagascar, j'ai l'impression d'être ailleurs. Les mosquées, l'habillement - notamment des femmes - à la mode comorienne ou indienne, me dépaysent.

A côté de moi, une famille : typée asiatique, une petite maman et ses trois fillettes. Elles marchent dans la même direction. Elles discutent, en malgache. La plus jeune cherche à attraper une main familière, et c'est sur moi qu'elle tombe, sans s'en rendre compte. Ses soeurs rigolent discrètement, mais ne lui disent rien. Moi non plus. Nous faisons ainsi un peu de chemin ensemble, main dans la main, comme si nous nous connaissions, simplement. Ça me donne l'impression de faire partie de la famille.

Et puis, la petite a levé la tête vers moi.

Mon inconscient a dû effacer l'expression d'effroi qui s'est sans doute dessiné sur son visage, car je ne me rappelle que du sourire bienveillant de sa maman et des rires très amusés de ses grandes soeurs. Et surtout, de cette petite main, inattendue, dans la mienne. Cette petite main qui m'a confirmé qu'on est bien de la même espèce, gasy et vazaha, et qui a conforté ma place dans le genre humain.

Cela m'a redonné espoir : malgré toutes nos différences culturelles, on peut rire de la même chose. Ce pays pouvait donc malgré tout bien m'adopter, à sa façon.