Bonjour vazaha ! !

C'est ce qu'entend souvent un blanc de peau qui se promène à Madagascar... Entrez et decouvrez d'autres instants de vie quotidienne et de découverte interculturelle !

25 mai 2005

A la banque

Aller à la banque à Madagascar, y avoir même un compte : un peu de dépaysement.

Tout d'abord, c'est la queue au guichet qui étonne. Parfois, aucune, parfois, la file d'attente sort en dehors du bâtiment, surtout en fin de mois, ou aux jours de versement de pensions, salaires... Certains jours, il vaut mieux renoncer, ou bien prendre son mal en patience, et attendre, attendre... Ensuite, la file d'attente parait parfois désordonnée. Parait seulement, car en fait chaque personne a déposé sur le bord du guichet son papier (chèque, feuille de versement, etc...), et attend un peu plus loin que ce soit son tour. Les personnes proches du comptoir font avancer les papiers au fur et à mesure. Il m'est déjà arrivé de poser mon papier, aller faire une course en ville, revenir, vérifier que mon papier était toujours bien dans la file, et attendre encore. Et je ne vous raconte pas comment j'ai parfois été gênée quand le guichetier m'a fait passer devant d'autres ! Sorte de racisme à l'envers, pensais-je, honteuse de ma chance, mais au final, c'était en tant que responsable de société qu'on me faisait passer plus vite, que je sois vazaha ou non... Ouf.

A force d'attendre à la banque, et d'y aller régulièrement, on fini par être un peu familiers avec les employés de banque. C'est sympa, on se donne les nouvelles, on se fait draguer... mais le sourire est toujours là et c'est agréable !

Le secret bancaire est une notion très relative. Il est arrivé qu'un gardien de banque vienne au bureau pour laisser le message que le compte d'un tel était à découvert, et qu'il fallait vite faire quelque chose. En effet, les chèques sans provisions sont passibles de prison !
A propos du secret bancaire, c'est assez gênant de faire un "gros" retrait d'argent liquide à la banque : il n'y a pas de "grosses" coupures (le billet le plus élevé est de 10.000 ariary ou 50.000 francs malagasy, soit moins de 5 euros, notre plus petit billet). Du coup, ce sont des liasses et des liasses de billets, agraffés par 10 (dix) qu'on nous donne. D'une part, il faut tout recompter, car il peut parfois y avoir des erreurs, et d'autre part, bonjour la discrétion ! Un jour, je devais payer des billets d'avion pour la France en liquide, environ 25 millions de francs malagasy, je n'avais pas prévu mon coup... Je me suis fait prêter une énorme enveloppe et ai acheté un journal pour cacher tout ça ! Je ne me sentais pas tranquille sur le trajet jusqu'à l'arrivée à l'agence de voyage !

Autre originalité : il m'est arrivé de poser un chèque à encaisser, et le compte n'était pas approvisionné. C'est moi qui ai dû payer les frais de rejet !

Enfin, à Madagascar, on est tout le temps en train d'essayer d'économiser, de ne pas dépenser. Cela va jusqu'à s'appliquer sur la façon de remplir un chèque : si vous avez fait une rature ou une erreur, plutôt que de le déchirer et de recommencer, vous pouvez tout simplement reécrire la somme sur le chèque, en libellant "je dis bien XX ariary". Il faut dire qu'il arrive souvent de faire des erreurs sur les chèques, avec ces millions et ces milliers (à l'époque) de francs malagasy !

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16 mai 2005

Autre joie du retour

Une autre joie, évoquée sans précision dans mon message du 7 mai dernier : retrouver certains fruits ou légumes inexistants ou si peu à Madagascar : les asperges, les endives, les olives, les kiwis, et bientôt : les cerises... Je les attends avec impatience ! Je me rappelle d'avoir dégusté avec tant de délice des cerises ramenées en avion par David, un volontaire rentré passer ses vacances en France... Merci David !

A l'inverse, ici, je perds de si bons fruits, mûrs à points et si peu chers : mangue, litchi, coeur de boeuf, corrosol, kaki, ananas, coco fraîche... Et un de mes préféré, pomme cannelle, ou "pocanelle".

On ne peut pas tout avoir, mais en général, on préfèrerait avoir ce qu'on n'a pas...

Posté par lilikely à 21:35 - Vécu - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mai 2005

Lémuriens pas du tout

Ah, les lémuriens, ces symboles de Madagascar...

En fait, j'ai eu assez peu l'occasion d'en croiser... A Tsiroanomandidy, où j'habitais, vu qu'il n'y avait pas d'arbres, il n'y avait pas de lémuriens non plus, à part un malheureux animal attaché sur un balcon. Par contre, en visitant d'autres régions, là, j'ai pu en voir, des plus ou moins sauvages.

lili_et_lemurienLui, c'est Kiki, un mâle de je-ne-sais-plus-quelle-espèce. Il est apprivoisé, et vit sur la côte Est de Madagascar, dans un hôtel à touristes.

Il était particulièrement gentil à ce moment là, car en période de reproduction... A la limite, il était même un peu collant !yoyo_et_lemurien
Il adorait les litchis (on était en pleine saison, fin décembre), et les gobait, les croquait, le museau vers le haut afin d'aspirer le jus et la chair, puis recrachait la peau et le noyau !

lemurien_catta_gros_plan

lemurien_catta

Là, c’est un lémurien Maki catta (Maki = genre, catta = espèce, qui s'appelle aussi Lemur catta ), un des plus célèbres de Madagascar, sinon LE plus célèbre, qui vit en groupe, plutôt dans le sud et dans des zones sèches.

Comment reconnaître le catta : c'est le seul qui a la queue annelée (alternance d'anneaux noirs et blancs, j'anticipe les questions pertinentes de Raoul) sur la trentaine de lémuriens sur la grande Ile.

Photos : Yoyo

P.S. : merci à Raoul et Lâm pour leur suivi attentif, et à M. Boulet, à qui je voulais montrer ces photos depuis un bout de temps en espérant secrètement qu'elles pourraient l'inspirer un jour dans ses superbes BD... J'aime justement particulièrement quand il se dessine en Catta !

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11 mai 2005

Petites joies du retour - suite

J'oubliais, dans le message du 07/05/05, une autre joie : celle des senteurs du Printemps. Les lilas, et en ce moment, les odeurs des fleurs d'acacia, si sucrées...

A Madagascar ce que j'aimais, c'étaient les effluves des fleurs de manguier, et aussi l'odeur de karité des frangipaniers.

Posté par lilikely à 17:31 - Vécu - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mai 2005

Joies & étonnements du retour

Après un certain nombre de mois passés à l'étranger, en ce qui me concerne, 21 mois à Madagascar, j'ai pris là bas un certain rythme de vie et certaines habitudes. Je me suis habituée, adaptée, en quelque sorte, à cette vie si différente que je menais là bas. Du coup, à mon retour en France, des faits qui étaient auparavant habituels pour moi étaient nouveaux ou étonnants. En voici quelques uns.

Le froid...
... qui devient presqu'exotique.
Non qu'il ne fasse pas froid à Madagascar. Même vers le tropique du Capricorne, à plus de 1000 mètres d'altitude, il fait frisquet pendant l'hiver austral. A Tsiroanomandidy, aux mois de juillet, août, le thermomètre peut descendre à 5°C. A Antsirabe, il arrive qu'il gèle, parait-il. Et lorsqu'on habite une maison sans fenêtre (juste avec des volets), sans isolation, et sans chauffage, le froid, on le ressent quand même. Mais ce n'est pas ce froid que j'ai retrouvé en France. Le gel, les pieds froids, la buée qui sort de la bouche, la transition chaud-froid quand on sort ou qu'on rentre dans un magasin, etc... Et la neige ! L'excitation qu'on ressent avant se venue, la beauté des flocons qui tombent... Les paysages transformés par cette couche blanche et éphémère, éblouissants au moindre rayon de soleil.

L'allongement des jours
Sous les tropiques (qui sont parfois froides, comme raconté plus haut), les jours varient peu dans leur longueur. Sur l'année, il doit y avoir au maximum 2 à 3 heures de différence de durée du jour. Le soir tombe en général très rapidement, entre 17h30 et 18h30 selon les saisons. Je suis rentrée en octobre, donc j'ai d'abord eu les jours courts, et à présent, en mai, la nuit tombe vers 20h30, et encore, de plus en plus tard ! Je me suis parfois fait avoir, à sentir la faim et me dire "c'est pas normal, il ne fait pas encore nuit", et en fait il était déjà 20h... De même, le plaisir de rentrer après le boulot (pour cela, il faut en avoir un), et ce sentiment d'avoir encore du temps devant soi...

Le soleil qui ne brûle pas (pas autant)
Le soleil est aussi différent ici. Il est moins violent, moins cruel, il brûle moins. Je ne saurais pas trop comment expliquer cela, et j'admets que cette notion doit être difficile à comprendre. Néanmoins, j'ai rarement eu ici en France cette sensation de brûlure la peau à peine exposée au soleil. Je n'ai jamais non plus eu d'insolation, alors qu'à Madagascar, le soleil, la chaleur, que je pensais supporter à peu près m'ont fait vomir et souffrir sous la migraine. De même, c'est lors de mon voyage en mars dernier, que j'ai eu pour la première fois des coups de soleil sur les mains !
Bref, ici, je peux me mettre au soleil, avec moins de "dangers", en appréciant la chaleur, la caresse des rayons, et non plus des piqûres.

Les transports
Il est étonnant de voir autant de voitures, et autant de personnes seules dans leur voiture. Presque plus personne à pied ou à vélo. Pas de troupeau de zébus sur la route, ni de charrettes. Et pourtant, c'est malgré tout difficile de conduire sur les routes françaises, car même si le goudron y est excellent, les voitures vont si vite qu'il faut toujours se méfier et être attentif. Je ne me sentais même pas capable de conduire sur l'autoroute, à mon arrivée. Trop de vitesse, trop de voitures, de tous les côtés, à surveiller.
Un malgache venu en France, Lovasoa, racontait qu'il avait le vertige, la première fois qu'il a circulé sur une autoroute en France. "Tu vois, toutes ces voitures, avec juste une personne, ces gens tous seuls dans leur voiture et qui vont si vite". C'est cette différence avec les conditions des transports malgaches, qui lui donnait le vertige. Je vois à présent un peu mieux ce qu'il voulait exprimer.
Promis, je vous reparle des taxi brousse malgaches d'ici peu !

La technologie
L'ADSL, les freebox, le téléphone pas cher et qui fonctionne toujours, les webcams, le téléphone par internet, le téléchargement de films ou musiques... Je suis encore maintenant toujours ébahie quand j'envoie un message internet et que quelqu'un me répond dans l'immédiat !
A l'inverse, je me fais régulièrement avoir, à passer des heures à surfer sur internet, à lire des blogs, à écrire sur le mien, à ne faire parfois pas grand chose de constructif... Heureusement aussi que je n'ai pas la télé, je crois que je serai attritée devant le niveau de la plupart des émissions, et aussi de voir notre société qui passe un bon bout de temps à se regarder le nombril...

La salle de bains
Avec chauffage, de la salle et surtout de l'eau ! Je me suis brûlée pendant les premières semaines en France, ayant du mal à retrouver le réflexe du bon réglage de température. Dans mon chez moi de Madagascar, la douche était installée sur la terrasse, cachée par des cloisons en bois mais qui laissaient passer le jour en haut. Je n'avais pas de chauffe eau, donc je faisais chauffer l'eau dans une grande marmite sur ma cuisinière, que je mélangeais ensuite à l'eau froide, dans un seau. Je me servais avec un grand gobelet pour me mouiller et me rincer. Le plus pénible était pour laver mes longs cheveux... Je me douchais parfois à l'eau froide, mais c'était assez difficile, même en saison chaude, car l'eau arrivait directement de la montagne, captée vers 1500 mètres, vraiment glacée !

La bouffe, l'eau, la consommation
- pouvoir croquer dans un fruit sans devoir le faire tremper 1/2 heure dans de la javel auparavant, et sans risquer une bonne diarhée,
- boire directement l'eau du robinet,
- trouver une sacrée diversité de fruits et légumes,
- de bons vins et de bons fromages...
Résultat, j'ai repris les kilos perdus à Mada... Et je passe des heures au supermarché (même si j'essaye d'éviter d'y aller), à observer et comparer tous les produits possibles : qualité, différences, prix... Je n'ai plus d'habitudes de consommation, et chaque choix est un casse tête.
Prenons l'exemple d'un produit de luxe à Madagascar : le PQ. A Madagascar, lorsqu'il y a du PQ dans une épicerie (car dans certaines villes, impossible de trouver du PQ ou même des mouchoirs en papier, cf. Ankavandra), le choix est limité au maximum à 3 types, bien distincts : le pas cher qui équivaut paradoxalement à du papier glacé ; le moyen cher plus souple mais un peu fin ; et le plus cher, qui correspond à notre PQ "de base". En Europe, le PQ prend un rayon entier dans un supermarché, qui va du "de base" au triple épaisseur, en passant par le parfumé et de différentes couleurs... Le temps de saisir toutes ces subtilités lors de mon choix, de comparer les prix, puis de chercher celui en papier recyclé pour finir par ne pas le trouver... Voilà déjà bien 5 minutes perdues. Je ne vous parlerai donc pas du choix des bières, où pour Madagascar, les possibilités étaient assez binaires : THB ou Queens, Petit Modèle ou Grand Modèle ?

Tout ce qu'on jette
J'ai aussi été éffarée par notre société de consommation où il est plus simple et moins cher de jeter les objets usés, cassés ou démodés, plutôt que de les faire réparer ou rajeunir... A Madagascar, une bouteille en plastique, une ampoule électrique au filament cassé, une boîte de concentré de tomate sont récupérées, utilisées, transformées ou revendues...

Moins de gens dans les rues
On marche peu à pied, et on sort peu de chez soi : on ne voit presque personne dans les rues des villages français. Alors que c'était toujours un plaisir d'observer l'activité dans les rues malgaches, ici on ne croise personne. C'est un peu triste. Et même lorsque je croise quelqu'un, il n'y a plus de "bonjour vazaha !", avec le grand sourire. J'ai retrouvé l'anonymat.

Posté par lilikely à 17:16 - Vécu - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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